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Creative Conversations #8: Ieva Gudelaityte

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Ieva Gudelaityte

Ieva travaille avec le sel parce que le sel se souvient des choses. Du rituel, de la protection, de l'histoire. Elle construit à partir de là, lentement, avec des matériaux qu'elle développe elle-même, vers quelque chose qui se sent à la fois très ancien et très actuel.

La matière, l'imperfection

Que signifie le fait main pour toi?
C'est surtout une question de matière. Et d'imperfection. Les irrégularités dans une texture, c'est ce que je trouve vraiment enchanteur — je pourrais les étudier pendant des heures. Quelque chose de fait à la main se sent presque vivant. Je crois, un peu romantiquement peut-être, que nous laissons un peu de nous-mêmes dans les choses que nous fabriquons.

Comment choisis-tu tes matériaux?
Je fais principalement des meubles, donc la fonctionnalité est ma priorité. Je juge un matériau selon sa durabilité, sa solidité et ce qu'il donne au toucher. L'esthétique vient après tout ça. Même si elle compte aussi, bien sûr.

Qu'est-ce que tu portes dans ton atelier?
Quelque chose de chaud. Quelque chose que je n'ai pas peur d'abîmer. Des pièces usées en matières naturelles — surtout des choses qui ont déjà un peu vécu.


Deux heures avant le travail

À quoi ressemble ta matinée?
Je suis complètement du matin. Je me lève au moins deux heures avant le travail, je bouge un peu et je prends un petit-déjeuner tranquille avec un café. Je marche jusqu'à l'atelier. Cette marche fait quelque chose pour moi. Elle dénoue les choses.

La lenteur est-elle un choix pour toi, ou c'est simplement ainsi que le processus se déroule?
Honnêtement, je crois que c'est juste comme ça que ça se passe. Parfois je voudrais que ce soit plus rapide — de l'idée à l'objet fini. Mais la qualité en souffrirait. La lenteur m'ancre. Elle fait de la place pour l'intuition, pour la recherche, pour trouver la bonne forme ou la bonne texture sans passer à côté.

Quelle matière te semble la plus personnelle?
Le cuir et le lin. Le cuir se sent fort, solide, avec une certaine audace. Il a de la présence. Mais le lin est ce qu'il y a de plus intime. Il existe dans les espaces les plus proches de nous. Les rideaux qui créent de l'intimité. Le linge de lit où le repos et la vulnérabilité se rejoignent. Le lin se sent honnête. Il respire. Il s'adoucit avec le temps. Plus on vit avec, plus il devient beau.


Parfois beau, parfois non

Décris ton espace créatif en un mot.
Multicouche. Parfois il est beau, et j'aime y être. Parfois c'est un endroit que j'évite et où je dois me forcer à revenir. La lenteur m'aide à rester sensible dans les deux cas. À remarquer les petites choses. À m'entendre. Sans ça, je ne crois pas que le travail soit vraiment possible.


Une forme vivante

Que signifie la beauté pour toi au quotidien?
La beauté est un sentiment, pas une image. Si quelque chose peut t'élever ou t'émouvoir, c'est ça la beauté. Elle est vivante. Elle te touche. C'est tout ce qu'elle a besoin de faire.


Ieva a obtenu son diplôme de l'Académie des Arts de Vilnius en 2023 et a effectué un stage au Studio Elisa Lacoste en France. Son travail explore le corps, la matière et l'art lent de créer des choses à partir de rien.

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